PISA - Cause principale du retard Francais

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Par Pierre Alouit

J’ai mon premier ordinateur depuis 1978. Depuis 1980, je travaille dans l’informatique, l’électronique, la recherche et la formation. Mes enfants ont grandi dans une maison où les ordinateurs étaient partout. Pour eux, la technique n’était ni une menace ni un objet mystérieux : c’était quelque chose que l’on pouvait explorer, comprendre et utiliser.

C’est avec cette expérience que j’ai lu la tribune de Jean-Yves Chevalier dans Marianne sur les résultats PISA. Je partage largement son inquiétude : à quoi sert de rassurer les élèves avec de bonnes notes si nous ne leur donnons pas les connaissances nécessaires pour comprendre le monde et y trouver leur place ?

 

Une méfiance que j’observe depuis des décennies

Depuis les années 1980, j’entends régulièrement dénigrer l’informatique, les mathématiques, la science ou l’industrie. Cette méfiance s’exprime chez des citoyens, mais aussi dans les institutions, les entreprises et les médias. À chaque nouveauté, la peur semble parfois prendre le pas sur la curiosité.

Dans mes interventions, je répète souvent : « N’ayez pas peur de la science. » Sans recherche scientifique, nous n’aurions pas les progrès de la médecine. Sans ingénieurs ni industrie, nous ne fabriquerions pas les outils dont dépend notre quotidien. Et sans connaissances solides, comment débattre librement des choix techniques qui engagent notre avenir ?

À mes yeux, la place que notre société accorde aux sciences et à la technique est une partie du problème scolaire et économique. C’est une conviction forgée par mon expérience, pas une cause que les résultats PISA permettraient, à eux seuls, de chiffrer.

 

Le smartphone est devenu un coupable commode

Aujourd’hui, on désigne volontiers le smartphone comme responsable des difficultés des élèves. Je comprends les préoccupations liées à la distraction et à l’attention en classe. Mais interdire un outil ne suffit pas à apprendre à s’en servir.

Quel meilleur endroit que l’école pour enseigner aux jeunes à chercher une information, à comparer des sources, à reconnaître une erreur, à protéger leurs données et à utiliser leur téléphone à bon escient ? Le smartphone peut disperser l’attention. Il peut aussi donner accès à une encyclopédie, à un dictionnaire, à des cartes, à des cours et à des outils de création. Tout dépend de l’usage que l’on apprend à en faire.

Je le constate lorsque je forme des clients et des élèves. Beaucoup sont surpris de découvrir ce que leur téléphone permet de faire. Certains n’ont jamais consulté Wikipédia. Nous supposons souvent que les personnes qui utilisent un écran toute la journée savent maîtriser le numérique. C’est loin d’être toujours le cas.

 

Mon expérience de père

Mes enfants ont baigné dans l’informatique dès leur plus jeune âge. Ils ont poursuivi leurs études et construit des parcours professionnels dans des domaines techniques. Ma fille est docteure en neurosciences et travaille aussi dans l’analyse de données.

Je ne prétends pas qu’un ordinateur à la maison garantit la réussite scolaire. D’autres facteurs comptent, à commencer par l’accompagnement des enfants. Mais notre histoire montre qu’une présence forte du numérique peut aller de pair avec l’apprentissage, la curiosité et l’exigence. Ce qui compte, c’est ce que les adultes transmettent autour de ces outils.

 

Des résultats à prendre au sérieux, sans chercher une cause unique

Les résultats PISA 2025 montrent une baisse des performances des élèves de 15 ans en France en compréhension de l’écrit et en mathématiques. Cette baisse concerne aussi la moyenne des pays de l’OCDE, tandis que les inégalités sociales de réussite restent importantes en France. La note de la DEPP oblige donc à prendre au sérieux les acquis réels des élèves, sans prétendre qu’une seule explication suffise.

Je rejoins l’auteur de la tribune sur un point essentiel : nous devons avoir le courage de regarder ce que les élèves savent réellement lire, comprendre, calculer et expliquer. Une bonne note ne devrait jamais remplacer un savoir acquis. Et l’exigence scolaire devrait donner à chaque enfant, quelle que soit son origine, la possibilité d’aller plus loin.

 

Réconcilier les jeunes avec la science

À cette exigence, j’ajouterais une ambition : réconcilier les jeunes avec les sciences et leur apprendre à maîtriser les technologies de leur époque. Il faut leur donner les connaissances pour comprendre un résultat, les outils pour vérifier une information et la confiance nécessaire pour essayer, se tromper, recommencer et inventer.

C’est ainsi que l’école peut former des citoyens libres : capables d’utiliser la technologie, mais aussi de la questionner et de décider ce qu’ils veulent en faire.

 
 
 




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